La crypte de Notre-Dame-des-Tables (suite)

Le Samedi  16 janvier 2016, à 15 heures, tous les Montpelliérains férus d’histoire locale, barons de Caravètes ou non, étaient conviés à une réunion dans le cadre de la Brasserie du Dôme, Cours Gambetta à Montpellier ! Celle-ci est actuellement fermée.
Il n’est pas inutile de rappeler ce que fut l’église du même nom, emblématique de Montpellier et qui a tant compté dans l’histoire de la ville. Il n’en reste précisément que la crypte. L’église actuelle de même vocable, élevée au tout début du XVIIe siècle, est un autre bâtiment construit après la démolition définitive du premier sanctuaire marial.
Qu’on nous permette de rappeler encore quelques faits et dates, en soulignant tout d’abord que, ainsi que les fouilles récentes l’ont établi, il n’est pas possible d’affirmer que Notre-Dame-des-Tables est antérieure au XIe siècle. En 1096, avant de partir pour la Croisade, Guilhem V, seigneur de Montpellier, consacra l’édifice à Marie. Son fils Guilhem VI, parti aussi en Croisade, devait plus tard ramener un fragment de la vraie Croix et une statuede la Vierge en bois noir ; celle-ci devait devenir l’emblème de Montpellier : c’est la Magestat Antiqua, hélas détruite pendant les guerres de Religion. Bientôt, le sanctuaire attirait les pèlerins allant à Compostelle, comme en témoignent les Coutumes montpelliéraines de 1264. Plusieurs papes y sont passés aussi, en particulier Alexandre III qui, en 1162, y réunit un Concile et y revint en 1165. De même, au XIVe siècle, Urbain V, pape d’Avignon.
La rumeur de nombreux miracles s’était déjà répandue  à partir de la fin du XIIe siècle, avec une attestation, plus tard en 1342, par les consuls eux-mêmes : ils ordonnaient alors de faire sonner la grosse cloche de l’église chaque fois qu’un miracle se produisait ! Mais, dès 1188, l’évêque Jean de Montlaur instituait la Fête des Miracles de Notre-Dame.
C’est en 1204 que Marie de Montpellier et son époux Pierre II d’Aragon accordèrent aux Montpelliérains une charte de franchises. C’est dans l’église que les consuls prétèrent serment aux souverains ; ils élevèrent leur maison consulaire à proximité. Les assemblées consulaires se tenaient à l’intérieur du sanctuaire, où les Montpelliérains, à son de cloche, étaient appelés à venir donner leur avis chaque fois qu’une décision importante devait être prise. En outre, Notre-Dame-des-Tables était le pivot de la vie économique de Montpellier car les tables de changeurs étaient dressés tout autour du sanctuaire (d’où son nom) : marchands et pèlerins étaient nombreux à venir y échanger leur monnaie pour pouvoir continuer leur route.
Au fil des siècles, Notre-Dame-des-Tables avait été plusieurs fois transformée et agrandie. Malheureusement, en 1561, lors des guerres de Religion, l’église était occupée et son très or saisi. Quelques années plus tard, elle était démolie.
Reconstruite en 1608, puis détruite à nouveau quelques années plus tard ainsi que d’autres églises de la ville, elle devait être reconstruite en 1655 et inaugurée en grande pompe.
Pendant la Révolution, ce fut la destruction finale, car on en utilisa les pierres pour l’édification d’un Temple de la Raison au Peyrou, projet qui, fort heureusement, n’aboutit pas, car l’Esplanade royale du Peyrou, autre lieu emblématique de Montpellier, aurait été défigurée à jamais.
Sous le Consulat, la chapelle des Jésuites hérita le vocable de Notre-Dame-des-Tables, tandis que, sur l’ancien emplacement, était édifiée la Halle aux Colonnes. Enfin, par bonheur, cette halle était démolie en 1907, ce qui donna lieu à des fouilles et à la redécouverte de la crypte.
Depuis, les municipalités successives ont veillé à son entretien, puis à son ouverture au public avec l’installation d’un musée et l’organisation de visites pédagogiques.

Le public n'était pas nombreux mais représentait diverses associations culturelles. Néanmoins, le débat a été intéressant et les suggestions nombreuses. Un problème majeur a été soulevé : les conditions de travail très mauvaises du personnel municipal chargé de la crypte lorsqu'elle était ouverte, principalement en raison de l'humidité et du confinement. De plus, l'issue de secours était constamment obstruée par les chaises et les tables de l'un des cafés installé sur la place. L'état d'abandon et la mauvaise signalisation des extérieurs de la crypte ont été déplorés par les participants : dans les jours qui ont suivi, une commission d'enquête de l'association a constaté que les lieux avaient été nettoyés. Ajoutons que le délégué de la municipalité, présent à la réunion a précisé qu'en fait, il n'y avait jamais eu de devis de remise en état de la crypte mais qu'il y avait eu simplement une estimation "à la louche" par les "services municipaux".

Dans les jours qui ont suivi, la commission d'enquête de l'association ayant reçu de multiples informations à propos du centre historique de Montpellier a proposé d'étendre ses investigations à l'ensemble de ce centre. Il en résultera des propositions qui seront communiquées à la mairie et à la presse.

Si cette action vous intéresse, vous pouvez y participer en remplissant le formulaire de contact du site ou en téléphonant au 06.41.57.20.16

intérieur de l'église lors des travaux du XVIIème siècle (d'après le Chanoine Jean Segondy)

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